Des diables et des saints

Jean-Baptiste Andrea, L’Iconoclaste, janvier 2021, 364 p., 19€

Qui n’a jamais rêvé devant ces pianos laissés à l’intention du public dans des lieux de passage, des gares, des galeries marchandes ? Qui ne s’est jamais arrêté devant un ou une pianiste particulièrement doué.e, curieux.se de son histoire ? Si d’aventure cela vous est arrivé, et que vous pouviez vous glisser dans ce livre, peut-être alors auriez-vous pu croiser Joe ? Il erre de gare en aéroport, jouant sans relâche, et à la perfection, Beethoven. Pourquoi ? C’est l’histoire de ce livre de Jean-Baptiste Andrea qu’il faut découvrir sans plus tarder.

C’est Joe qui raconte son histoire, s’adressant à un auditeur attentif, ou une auditrice, à tous et chacun. Le « vous » utilisé résonne juste, il englobe le lecteur aussi bien entendu. « Je touche le clavier. L’arpège furieux, les accords, presto agitato. Le troisième mouvement, pas celui que vous avez demandé, je n’aime pas ce qui est prévisible. Vos lèvres se rétractent. Vos pupilles changent de taille, un drogué qui respire de nouveau après une injection d’adrénaline. A la fin vous restez silencieux. Longtemps. (…) Je crois que cette fois, il va falloir que je vous explique. »

Joe, le piano, Rothenberg le vieux professeur génial et acariâtre, les parents, la sœur insupportable. Puis l’orphelinat. Cet orphelinat du sud de la France, cœur du livre, dirigé d’une main de fer par l’abbé Sénac, secondé par Grenouille, le tyrannique surveillant général. Sévices et mauvais traitements alternent. Ce sont les diables. Pour les saints, il faudra les chercher ailleurs, du côté d’une bande d’amis improbables, garçons de bric et de broc aux rêves éclatés. Du côté de certains membres du personnel parfois. Et puis il y a Rose, ni diable, ni sainte, un peu des deux peut-être. Et enfin il y a un piano aussi dans le bureau de l’abbé, un piano tentateur, qui à plusieurs reprises, fera vriller le récit.

Le roman se déroule en courts chapitres, rythmés, en phrases rapides, entourées de virgules, comme un cri que l’on pousse, comme une course effrénée. Ces mois passés à l’orphelinat, entrecoupés de retours en arrière, la vie de Joseph « avant », les leçons de musique, Beethoven. Avec une rage, une vivacité, toute la fatalité du monde. Et l’espoir aussi. Les pages se tournent toutes seules, on a tellement envie de savoir, si Joseph sort de cet endroit, comment, et pourquoi il se re trouve dans ces gares à jouer, sans cesse ? Si j’osais, je dirais que ce livre a une très légère ressemblance, dans le sujet traité (la question de discrimination en moins bien sûr) , avec « Nickel boys » de Colson Whitehead (Prix Pulitzer 2020, rappelons-le), en mieux. En mieux car à mon avis le style est bien meilleur, et parce que l’histoire peut se dérouler sans switch final, elle se suffit à elle-même.

Alors ce livre il est pour qui ? Pour les amateurs des belles histoires, de la musique bien sûr, des histoires d’amour (allez, c’est dit, il y en a une…). Foncez !

Marie-Eve

7 commentaires sur “Des diables et des saints

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